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vendredi 29 mai 2020

LendingClub accompagne les finances à 360°

LendingClub
Bien que ses récentes évolutions l'éloignent toujours plus des idéaux d'origine du « crowdlending » et la rapprochent du crédit à l'ancienne, l'américaine LendingClub conserve son esprit pionnier. Témoin en est son tout nouveau « Member Center », qui embrasse une perspective à 360° sur les finances personnelles des consommateurs.

Alors qu'elle était en préparation depuis plusieurs mois, certaines de ses composantes étant testées par quelques privilégiés, la plate-forme a vu son déploiement accéléré en raison de l'actualité et de son utilité particulière en cette période synonyme de problèmes d'argent pour une grande partie de la population. Mise à disposition de tous les utilisateurs enregistrés dès aujourd'hui, elle a en effet vocation à apporter une aide pratique non seulement sur l'endettement mais aussi sur la gestion des dépenses, l'épargne…

Les fonctions incluses sont, pour nombre d'entre elles, le fruit d'une collaboration avec des startups spécialisées. C'est le cas, par exemple, d'un outil de maîtrise du budget, développé par Trim, qui vise à identifier et exploiter les opportunités d'économie sur les transactions habituelles de l'individu, ou encore de la solution de Steady, qui accompagne la recherche de missions pour les travailleurs indépendants et donne de la sorte un coup de pouce à leurs revenus. D'autres sont plus attendues de la part d'un établissement de crédit, telles que ses options d'ajustement des plans de remboursements de prêts.

LendingClub Member Center

Naturellement, sur tout le volet de l'endettement, LendingClub prend elle-même le sujet en main. Au sein du « Member Center », un espace dédié rassemble donc tous les outils nécessaires pour permettre à chacun d'appréhender sa situation – avec un horizon qui ne se limite pas au score de crédit, comme il est d'usage, mais comprend également une analyse de quelques autres indicateurs importants –, d'approfondir ses connaissances en la matière et d'optimiser ses opérations, en vue, entre autres, de préserver l'avenir.

Ces différentes initiatives laissent entrevoir que, quand LendingClub porte l'ambition de devenir une banque à part entière, il n'est pas question d'inscrire celle-ci dans un moule traditionnel. En droite ligne de la stratégie de ses débuts, elle cherche à toujours placer son client au centre de ses préoccupations, ce qui se traduit par des efforts d'information et de transparence, ainsi que par une démarche de conseil contextuel. Ce faisant, elle intègre en outre que la gestion des finances personnelles représente un tout, au-delà des frontières arbitraires entre lignes de produit créées par les acteurs historiques.

lundi 27 avril 2020

Shine assure les factures en 1 clic

Shine
Le phénomène n'est pas récent mais il s'amplifie dangereusement avec la crise, entre fragilité accrue des uns et laissez-aller des autres : les entrepreneurs individuels et autres petites structures sont confrontés à des retards de paiement qui menacent leur survie et ils ne savent pas comment y faire face. Désormais, Shine a une solution pour eux.

À défaut de parvenir à convaincre ou contraindre les entreprises de régler leurs factures en temps et en heure (comme l'exige théoriquement la réglementation en vigueur), la deuxième meilleure option consiste à proposer une assurance contre les mauvais payeurs. Telle est donc la voie qu'a choisi de suivre [PDF] la néo-banque des professionnels, en collaboration avec une autre startup, Hokodo, qui semble bien partie pour rapidement devenir un pilier incontournable dans ce domaine sensible.

Comme toujours avec Shine, l'intégration est à la hauteur des attentes, au point de pouvoir être considérée immédiatement comme une référence. En effet, fidèle à sa vision d'une offre de services globale, elle inscrit la nouvelle proposition au cœur de son parcours utilisateur, avec une transparence et une fluidité inégalées : dès qu'une facture a été préparée et émise (depuis l'application mobile de la banque, naturellement), le client est invité à souscrire l'assurance correspondante, en quelques secondes.

Moyennant une commission fixe de 2% du montant hors taxe, sans aucun engagement ni autres frais, il bénéficie d'un accompagnement en trois étapes pour l'encaissement de sa créance. En absence de règlement à l'échéance, Shine commence par mettre en œuvre, sur demande, son dispositif existant de relance automatique. Si la démarche n'aboutit pas, après 1 mois, une procédure formelle de recouvrement est engagée. Enfin, après 60 jours, la garantie entre en jeu, à hauteur de 90% de la valeur de la facture.

Assurance de facture Shine

Avec cette initiative, qui n'est pour l'instant ouverte qu'à une poignée de testeurs (le temps, probablement, d'en ajuster les paramètres opérationnels), Shine contribue brillamment à la démocratisation d'un instrument de protection extrêmement utile pour tous les professionnels qui souffrent de délais de paiement insupportables, en levant simultanément ses trois principaux défauts, à savoir la méconnaissance de son existence (car implicitement réservée, jusqu'à maintenant, aux grandes organisations), sa mise en œuvre souvent complexe et contraignante, et son coût parfois prohibitif.

Plus généralement, la jeune pousse prolonge, imperturbable, sa mission de fournir aux indépendants et aux TPE une palette complète de services susceptibles de les assister concrètement dans leur tâches administratives quotidiennes, bien au-delà d'une simple plate-forme bancaire. Chaque nouvel ajout vient conforter ce positionnement original et démontrer, brique par brique, combien cette stratégie a du sens pour une cible de clientèle qui n'a guère de temps à perdre avec les tracas de la gestion d'entreprise.

vendredi 24 avril 2020

Une banque pour les cerveaux extraordinaires

Neuros
Bien que toutes les banques tentent progressivement d'adapter leurs offres à la diversité des populations auxquelles elles s'adressent, elles ne parviennent pas à satisfaire tous les besoins de manière optimale. C'est la raison pour laquelle il existe toujours une place pour des acteurs de niche, à l'instar de la jeune pousse britannique Neuros.

En l'occurrence, cette nouvelle venue, qui n'est pour l'instant qu'en phase de conception et de prototypage, soutenue par un puissant socle de recherches, se focalise sur les personnes atteintes d'un syndrome cognitif – autisme, déficit d'attention, dyspraxie… –, ce qui constituait une évidence pour sa fondatrice, Soumaya Bhyer, dont le frère est lui-même affecté. Il s'agit là d'un cas typique de cible « idéale », entre problèmes spécifiques peu adressés jusqu'à maintenant et nombre conséquent de clients potentiels.

Concrètement, les cas graves d'autisme, par exemple, engendrent des comportements risqués, tels que des dépenses impulsives, au point que les familles des patients hésitent à leur laisser la moindre autonomie financière ou, à l'extrême, s'inquiètent pour la transmission de leur patrimoine… Quant aux institutions et aidants spécialisés, ils sont contraints de consacrer une énorme énergie à compenser ces « défauts », soit en prenant la main, soit en établissant un contrôle étroit, tout en frustrant l'individu concerné.

Pour remplir sa mission, Neuros développe une solution reposant sur trois piliers. Le premier d'entre eux consiste justement à mettre en place une série de mécanismes permettant de maîtriser les envies incontrôlables. Il se compose d'un verrou à retardement sur la carte de paiement, empêchant tout paiement pendant une durée prédéterminée (en heures ou en jours), dont le déblocage n'est possible, sauf urgence, qu'en réalisant au préalable un jeu thérapeutique destiné à calmer l'excitation.

Accueil Neuros

La deuxième axe d'effort répond à l'idée que chacun a sa propre manière d'appréhender l'argent et que la présentation standardisée qu'en proposent les banques traditionnelles ne convient jamais tout à fait… voire pas du tout. Neuros veut donc offrir une plate-forme entièrement configurable et personnalisable, dans ses couleurs, son iconographie, son vocabulaire… mais également dans son modèle de budgétisation et de suivi (avec une capacité d'import des feuilles Excel que de nombreux autistes utilisent déjà).

Enfin, la troisième partie du dispositif introduit la faculté de déléguer à un tiers – parent ou soignant – un rôle de supervision sur le compte du client, autorisant la surveillance des dépenses, la mise en place de transferts automatiques… et bien plus. L'objectif est de pallier les carences de planification, d'organisation et de pilotage des finances personnelles que rencontrent la plupart des victimes de troubles « neurodivers », en intégrant cet accompagnement dans une approche collaborative et pédagogique.

Alors que commence à peine, dans quelques banques, l'exploration de la finance comportementale, dans le but de prendre en compte la personnalité de chaque client et d'ajuster en conséquence les recommandations qui peuvent lui être formulées, c'en est une forme particulière, et peut-être prioritaire, que cherche à déployer Neuros. Si ses résultats sont à la hauteur des attentes, cette implémentation pourrait fournir une démonstration de la valeur de la discipline et de l'intérêt de la généraliser…

dimanche 19 avril 2020

Clearbanc donne de l'air aux startups

Clearbanc
Pour ce treizième épisode de ma série consacrée à la « créativité en temps de crise », nous nous pencherons aujourd'hui sur les difficultés de financement que rencontrent les startups et le bol d'air que leur apporte Clearbanc dans l'attente de jours meilleurs, grâce à son approche originale à mi-chemin entre investissement et crédit.

La jeune pousse canadienne a en effet opéré un « pivot » majeur depuis l'époque où, en 2015, elle projetait de développer une banque pour les travailleurs indépendants. Désormais, elle se focalise sur l'accompagnement de la croissance des entreprises du e-commerce, en leur proposant un apport de fonds adossé non à une participation au capital mais à une fraction de leurs revenus futurs, convenue à l'avance, jusqu'au remboursement complet (commission comprise). Un peu comme un prêt, mais sans échéance fixe, sans mensualités prédéterminées, sans intérêts qui s'accumulent…

La grande force du modèle, en comparaison du capital-risque (dont elle se défend par ailleurs d'être une concurrente directe), est sa réactivité : grâce à ses algorithmes d'analyse, Clearbanc se vante de pouvoir établir une proposition de financement en moins de 20 minutes, à partir de quelques informations sur l'entreprise, telles que l'historique de ses ventes (extrait via une connexion à ses comptes bancaires). Naturellement, cette qualité se révèle particulièrement attractive par les temps qui courent.

Forte de cette conviction, sa nouvelle solution Clearbanc Runway est ainsi conçue précisément pour procurer rapidement aux entrepreneurs une marge de manœuvre de quelques semaines à quelques mois dans leur trésorerie, à un moment où, en raison de la crise sanitaire et des extraordinaires incertitudes qu'elle génère, les investisseurs traditionnels tendent à retarder leurs décisions (quand ils ne les ont pas totalement gelées), induisant des délais potentiellement létaux dans la conclusion des transactions.

Clearbanc Runway

Concrètement, le dispositif de crise reprend les même principes que la plate-forme de base de Clearbanc : après remplissage du formulaire de demande, l'évaluation des paramètres de fonctionnement de l'activité – secteur, niveau de trésorerie, frais généraux, chiffre d'affaires, rentabilité, taux de croissance… – permet d'abord de calculer, en quelque sorte, l'espérance de vie de la structure, puis, si les conditions semblent cohérentes, de proposer un plan de financement afin de la prolonger… jusqu'à, par exemple, l'atteinte de l'équilibre ou un tour d'investissement plus classique.

La cible spécifique des acteurs du commerce en ligne, dont les perspectives sont parmi les moins menacées à l'heure du confinement quasiment généralisé, rend évidemment la tâche plus aisée pour Clearbanc, même s'il ne faut pas négliger la volatilité qui affecte tous les marchés, sans exception. Son engagement aux côtés des startups n'en reste pas moins essentiel, voire vital, tandis que l'investissement connaît actuellement un coup de frein brutal, dont il reste tout de même à espérer qu'il sera de courte durée.

samedi 18 avril 2020

Numbrs propose un crédit contextuel

Numbrs
Depuis ses origines, en 2013, Numbrs se présente comme une plate-forme de gestion de finances personnelles vouée à prendre la place des banques dans leur relation avec les consommateurs. Aujourd'hui, avec l'introduction de la fonction « + Money », la vision commence véritablement à prendre forme et sa valeur devient apparente.

Dans sa déclinaison courante, l'application (mobile) de la startup propose à ses utilisateurs, d'une part, de connecter leurs comptes bancaires existants, afin de bénéficier d'un pilotage avancé digne du meilleur du PFM, et, d'autre part, d'accéder à un vaste catalogue de produits – fournis par des établissements partenaires – susceptibles de répondre à tous leurs besoins. Cependant, jusqu'à maintenant, il manquait encore une composante essentielle afin de tenir la promesse initiale : le conseil contextualisé.

Voici donc la solution « + Money », conçue pour répondre précisément à cette lacune (temporaire), d'abord dans le domaine du prêt personnel. Son principe est parfaitement limpide : l'analyse intelligente de la situation globale du client, établie à partir des flux observés sur l'ensemble de ses comptes, permet d'anticiper un risque de passage dans le rouge à court terme. Dès lors, les algorithmes suggèrent le recours à un crédit, accessible instantanément à travers un parcours de souscription simplifié à l'extrême.

Numbrs + Money

En pratique, un bouton « + Money » apparaîtra automatiquement à proximité de la projection du solde comptable dès que cette dernière prédit une position négative. Après lancement de la procédure, deux courtes étapes supplémentaires suffisent à déposer une demande de prêt : choisir le montant souhaité, entre 1 000 et 7 500 euros, puis passer en revue les conditions offertes et valider l'opération. Dans l'idéal, la banque qui prend en charge le dossier (l'allemande SWK), si elle estime ne pas requérir plus d'informations, confirme son accord et transfère les fonds sous 2 jours ouvrés.

Grâce à l'initiative de Numbrs, le concept de banque plate-forme révèle (enfin !) sa puissance réelle, à la croisée de la gestion des finances personnelles et de la place de marché, et montre la voie vers l'avenir du secteur. Car ce n'est qu'en captant et en prenant en compte une connaissance à 360° du client, de son contexte et de son comportement qu'il est possible d'émettre des recommandations pertinentes. Et ce n'est qu'en disposant d'une large palette de produits et services, totalement intégrée, qu'il est envisageable de personnaliser ces recommandations et de les convertir en actes.

mardi 17 mars 2020

Monzo lance une offre entreprise

Monzo
Après une première vague focalisée sur la réinvention des services aux particuliers, la FinTech se découvre, depuis quelques mois, une passion pour les petites entreprises. Monzo est la dernière néo-banque en date à ouvrir ses horizons et elle démontre brillamment comment ses recettes, concoctées pour le grand public, y font merveille.

La nouvelle offre Monzo Business – dont on peut au passage remarquer que sa maturité dès le démarrage révèle l'abandon d'un certain esprit startup, avec ses itérations expérimentales courtes – est en effet principalement une déclinaison de celle destinée aux consommateurs, dans laquelle les fonctions existantes sont simplement présentées ou appliquées dans un contexte professionnel. En fait, il est même proposé une version (d'appel) gratuite, qui s'abstient de cette adaptation tout en restant pertinente.

Attardons-nous un instant sur la plus complète, disponible pour 5 livres par mois et dont la spécificité la plus visible est de supporter un accès multi-utilisateurs. Surtout, comme il se doit de nos jours, elle ne se circonscrit pas à un périmètre strictement bancaire. Elle intègre donc les outils essentiels du responsable d'entreprise, afin de lui faciliter la vie au quotidien : un module de facturation et une interface directe et automatisée avec les plates-formes de comptabilité les plus populaires (et un essai gratuit de Xero).

Mais, finalement, une grande partie de la valeur de Monzo Business provient d'abord des petits plus qui font la différence depuis des années dans la solution mise à disposition du grand public. Ainsi, les beta-testeurs qui en bénéficient depuis plusieurs mois, notamment les travailleurs indépendants, expriment leur grand intérêt pour les notifications instantanées de mouvements sur leurs comptes, qui leur permettent d'être toujours au fait de leurs rentrées et sorties d'argent et, plus généralement, de leur situation.

Monzo Business

Autre exemple, plus représentatif, les cagnottes destinées à mettre des réserves de côté pour des objectifs divers et variés, qui restent actives sous forme générique, sont également mises en œuvre pour la gestion des taxes : l'entrepreneur a de la sorte la possibilité de bloquer (virtuellement) un pourcentage à sa convenance de tous les revenus enregistrés sur son compte, en prévision de ses futurs règlements de charges et autres impôts. On peut juste regretter qu'un calcul automatique ne soit pas prévu.

Plus que son produit, c'est la démarche de Monzo qu'il semble utile de souligner ici. En effet, c'est en partant du constat trivial mais trop souvent perdu de vue de la similitude des comportements et des attentes entre les consommateurs et les dirigeants de petites entreprises – ou, plus précisément, entre le suivi des finances personnelles et le pilotage de la trésorerie de PME – que la jeune pousse fait émerger une offre réellement adaptée aux besoins de ces derniers. La preuve est faite, encore une fois, qu'il suffit de placer le client au cœur des préoccupations pour concevoir une meilleure solution…

lundi 16 mars 2020

Une IA pour rendre la banque personnelle

Tandem
La jeune pousse britannique Tandem n'est pas la seule à promettre de déployer des capacités d'intelligence artificielle afin de prodiguer des conseils personnalisés à ses clients. Elle se démarque tout de même en positionnant clairement son approche en réponse aux déficiences de plus en plus criantes des établissements traditionnels.

Conçue et développée par le responsable des données de la startup, Noam Zeigerson, la conseillère virtuelle Ada s'appuie, selon lui, sur des centaines d'algorithmes (à base d"apprentissage automatique ?) pour analyser en continu les dépenses et les rentrées d'argent sur les comptes des utilisateurs de ses applications, quelle que soit la banque dans laquelle ils sont détenus, grâce à l'outil d'agrégation intégré, et en déduire des prédictions de flux de trésorerie, de dépenses et de disponibilités à un mois… ou un an.

Ces informations, qui, par elles-mêmes, fournissent déjà un aperçu plus convaincant de leur situation aux consommateurs, sont ensuite exploitées dans le but d'accompagner leurs décisions en matière de crédit et d'épargne. L'architecte de la plate-forme ne livre pas de détails sur cet aspect, mais il est illustré, par exemple, par une des fonctions mises en avant par la marque, qui permet de constituer une réserve selon différent modes, dont l'un reposant sur l'évaluation automatique des sommes sûres à mettre de côté.

Tandem AutoSavings

En arrière-plan du dispositif, Tandem dresse un constat, simple et évident : à la croisée (cumulative) de la perte généralisée du contact personnel dans les institutions financières historiques et de la migration massive des usages courants vers des interactions numériques, l'intelligence a quasiment disparu de la relation bancaire. Face à une telle lacune, Ada représente un moyen moderne de la ré-introduire, en profitant des progrès technologiques pour la rendre simultanément plus efficace et plus abordable.

C'est une réalité incontournable : l'interlocuteur humain, qui ne rencontre plus chacun des clients de son portefeuille qu'une ou deux fois par an, en moyenne, et qui n'est pas encore équipé des solutions d'analyse de données susceptibles de combler son ignorance profonde du contexte, des préférences et des attentes de ces personnes qu'il ne connaît pas, n'est guère en mesure de remplir le rôle de conseil qui lui est pourtant dévolu (par son titre !) et il se transforme alors, contre toute bonne volonté, en vendeur de produits.

Dans ces conditions, il ne fait aucun doute que l'intelligence artificielle, capable d'absorber de vastes quantités d'information et de les transformer en recommandations ciblées, va prendre l'avantage (pour autant que ce ne soit pas encore le cas). Et une fois cette « singularité » technique franchie, pourquoi faudrait-il donc croire que l'étape suivante, qui verrait les assistants virtuels maintenant dotés de qualités émotionnelles et capables de se substituer entièrement à un être vivant, n'est pas envisageable ?

vendredi 13 mars 2020

Credit Sesame se lance dans la banque

Credit Sesame
Lancé en 2010, le pionnier de la santé financière Credit Sesame, devenu profitable en 2016, a conquis 15 millions d'américains avec ses solutions d'optimisation de leurs conditions de crédit, et ce nombre croît régulièrement. En vue de développer son champ d'action, il entend désormais combiner son expertise avec une offre bancaire.

Jusqu'à maintenant, la jeune entreprise restait exclusivement focalisée sur son activité d'origine et ses multiples ramifications : via une connexion à des fournisseurs spécialisés, elle propose à toute personne d'obtenir une vue consolidée de ses dettes, sous toutes leurs formes, et de son score de crédit, à partir de laquelle elle suggère des stratégies d'amélioration, passant par le partage de bonnes pratiques, des conseils personnalisés et des recommandations de produits (prêt hypothécaire, refinancement d'emprunt…).

Avec l'introduction de Sesame Cash, elle veut maintenant établir une passerelle entre cette approche et la gestion des flux au quotidien, c'est-à-dire entre le crédit et les liquidités, qui sont aujourd'hui largement considérés comme des domaines distincts, accompagnés par des outils indépendants. Au premier abord, sa réponse prend l'apparence d'une néo-banque classique, avec une carte de paiement, des notifications instantanées, le versement de salaire avancé, la gratuité des opérations courantes…

Mais, derrière ces caractéristiques un peu banales, Credit Sesame marque donc sa différence par l'intégration intime de la dimension du crédit. Qu'on se rassure, il ne s'agit pas uniquement de présenter un état financier complet au sein de l'application mobile, avec les emprunts en cours, les soldes de cartes ou le score de crédit. Il est surtout question d'analyser en profondeur la situation et le comportement de l'utilisateur afin de lui prodiguer des conseils de santé financière encore plus pertinents.

Sesame Cash

Le principe agit selon deux axes complémentaires. D'une part, les dépenses de tous les jours, la gestion des revenus, les gestes d'épargne… contribuent dans une très large mesure, évidemment, aux besoins de financement et, à ce titre, influent fortement sur la maîtrise du crédit. D'autre part, la connaissance des circonstances qui amènent à solliciter un prêt ou à accumuler une dette sur une carte, par exemple, représente potentiellement un facteur important dans la sélection d'une solution adaptée.

L'initiative de Credit Sesame est probablement née, au moins en partie, de l'émergence d'une impasse dans son évolution : ses utilisateurs améliorent réellement leur statut vis-à-vis du crédit, jusqu'au point où il n'ont plus guère de progrès à accomplir. La startup doit alors imaginer l'étape d'après, celle qui va lui permettre de maintenir l'engagement de ses clients les plus anciens, les plus satisfaits et les plus fidèles. Son choix porte clairement sur l'immersion contextuelle du conseil au cœur du compte bancaire… en profitant des lacunes de plus en plus flagrantes des acteurs historiques en la matière.

jeudi 12 mars 2020

Standard Chartered lance sa banque en service

Standard Chartered
L'idée que la banque de demain se trouvera enfouie dans les expériences du quotidien n'est encore qu'une anomalie imperceptible dans le paysage mondial du secteur mais elle continue à progresser pas à pas. Avec le lancement officiel de son initiative « nexus », Standard Chartered est un autre grand nom qui se rallie à la tendance.

Validée par la signature d'un premier partenariat avec une enseigne majeure du commerce en ligne indonésien, qui devrait se matérialiser en 2021, après validation réglementaire, cette future plate-forme de « banque en service » a vocation à permettre aux acteurs économiques des domaines les plus en pointe d'offrir à leurs clients les services financiers – solutions de paiement, cartes de crédit, prêts, produits d'épargne… – dont ils ont besoin, au moment et sur le lieu où ils en ont besoin.

La création de « nexus » répond simplement à une vision de ses métiers que Standard Chartered dérive de son expérience concrète dans de nombreux pays émergents, en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient. Elle observe un développement extrêmement rapide de modèles « digitaux » d'entreprise, qui requièrent, pour un fonctionnement optimal, l'accès à des outils financiers encore peu répandus parmi les populations. Le plus sûr moyen de conquérir celles-ci est d'aller à leur rencontre, au cœur de leurs parcours.

Pour les millions de personnes qui n'ont pas dans leur culture de se rendre dans une banque (physique ou virtuelle), qui n'en connaissent pas les offres et qui n'en perçoivent pas l'utilité (parce qu'elle en sont écartées), il sera beaucoup plus naturel d'ouvrir un compte ou de souscrire un crédit dans l'environnement où elles ont leurs habitudes, où elles se sentent en confiance : les sites de e-commerce, les réseaux sociaux, les fournisseurs de nouvelles mobilités (ce n'est pas un hasard si Grab bâtit sa banque)…

Accueil Standard Chartered

L'enjeu pour Standard Chartered est donc, explicitement, d'atteindre les individus non équipés, qu'elle ne sait pas séduire directement, et d'étendre de la sorte son portefeuille de clientèle. Bien entendu, les institutions des pays développés n'ont pas d'opportunités d'une telle ampleur. Elles seraient pourtant mal inspirées d'ignorer totalement l'exemple donné. D'une part, il existe partout une forte proportion d'individus mal servis, négligés, prêts à se tourner vers des alternatives qui les aideraient sérieusement.

D'autre part, l'apparition de services financiers faciles à appréhender, accessibles instantanément, ajustés précisément aux attentes des consommateurs, dans leur contexte de vie, a toutes les chances de se répandre comme une traînée de poudre. Une fois qu'ils seront proposés à une fraction d'exclus, leurs avantages sur les approches bancaires classiques vont s'imposer et définir une nouvelle norme, à prendre en compte impérativement, ne serait-ce qu'en complément des modes de distribution existants.

Enfin, je ne peux clore ce billet sans m'attarder sur la démarche de Standard Chartered, « nexus » ayant été conçu à partir d'un plan d'affaires imaginé par un de ses employés, qui l'a ensuite fait mûrir dans l'incubateur maison SC Ventures, qui est aujourd'hui à la tête d'une équipe d'une centaine de personnes… et dont on peut supposer qu'il a été inspiré par la stratégie de banque ouverte (vers l'interne) de l'établissement, celle-ci ayant posé les fondations indispensables à la réalisation et à l'industrialisation du projet.

mercredi 11 mars 2020

Kabbage, du crédit au pilotage de trésorerie

Kabbage
Après avoir quasiment inventé, il y a une dizaine d'années, le principe de l'analyse de risque par l'exploitation de données extra-financières, le pionnier du crédit alternatif aux PME Kabbage continue à développer des solutions destinées à leur simplifier la gestion de trésorerie, leur éviter les mauvaises surprises et leur assurer la prospérité.

Parce que, dans le monde hyper-connecté d'aujourd'hui, il devient de plus en plus inconcevable de commercialiser des produits et services bancaires hors contexte, la jeune pousse lance sa nouvelle application Kabbage Insights, qui permet aux responsables de petites entreprises de suivre très facilement les réserves disponibles sur leurs comptes, d'anticiper l'évolution de ces dernières à court terme, de mesurer leurs performances au jour le jour et de prendre de meilleures décisions, en toute connaissance de cause.

La mise en œuvre commence de manière relativement classique : l'internaute est invité à connecter les comptes bancaires de sa société – étape qui se résume à accepter l'utilisation de leur configuration actuelle pour les clients existants. L'outil analyse alors les flux enregistrés au cours des trois mois précédents et établit une prédiction (pondérée) pour les 30 jours à venir. L'ensemble est présenté sous une forme visuelle aisée à appréhender. Pour plus de sécurité, il est en outre possible de définir un seuil (un solde minimal) qui déclenche une alerte dès qu'il risque d'être franchi (à la baisse).

Autre bénéfice, grâce aux données que Kabbage recueille en permanence sur les plus de 220 000 PME et TPE qui recourent à ses services (et qui lui procurent déjà la faculté de partager ses statistiques économiques), les entrepreneurs peuvent comparer leurs indicateurs et leur santé financière avec leurs pairs dans tout le pays, par industrie et/ou par région. On peut d'ailleurs raisonnablement supposer que ces précieuses informations sont également prises en compte pour ajuster les projections de trésorerie.

Kabbage Insights

Avec l'introduction d'Insights, Kabbage veut vraisemblablement d'abord ouvrir un canal d'acquisition de clients. En effet, dans un marché où les solutions de ce genre sont plutôt rares, la mise à disposition, entièrement gratuite, d'un tableau de bord simple est susceptible d'attirer les nombreux responsables d'entreprises qui perdent énormément de temps et d'énergie au pilotage de leur trésorerie. Or, une fois inscrits sur la plate-forme, il ne leur restera qu'un petit pas à faire pour profiter des autres offres.

Car la véritable valeur du dispositif réside dans son intégration intime du crédit. Ainsi, dans le cas où les algorithmes détectent une baisse dangereuse des liquidités dans les comptes, l'application suggère de tirer les fonds nécessaires sur la ligne de crédit pré-approuvée, en un clic (ou presque). Le service (élémentaire) de suivi de la situation financière se complète de la sorte d'une dimension de conseil contextuel, capable d'apporter une solution adaptée, sans aucune rupture de parcours, sans délai.

samedi 29 février 2020

Alan, le compagnon de santé

Alan
Cette semaine, quelqu'une 😉 me demandait ce que je pensais du trublion de l'assurance santé Alan et, plus particulièrement, en quoi il se distingue fondamentalement des acteurs historiques. Deux jours plus tard, son annonce de l'introduction d'un nouveau service me donne l'occasion de m'attarder sur ce qui fait sa différence.

Au premier abord, le cœur de l'offre d'Alan est solide mais ne se démarque pas significativement de la concurrence. Tout en étant résolument compétitifs, ses prix ne sont pas toujours les moins chers et son niveau de couverture n'est pas nécessairement le plus étendu. La transmission des justificatifs par voie électronique qu'elle propose est désormais la norme et son option de télé-consultation n'est pas inédite. Son excellence opérationnelle est indiscutable… mais n'est-ce pas le minimum à espérer ?

Alors, il faut se tourner vers les petits plus apparemment insignifiants de la plate-forme pour commencer à comprendre la révolution qui est en train de se profiler dans le secteur. Il y eut d'abord la création d'Alan Map, un outil unique permettant à tout un chacun de rechercher un médecin à proximité de sa position, par géolocalisation, en bénéficiant, notamment, d'une visibilité sur ses tarifs et, pour les clients de la startup, d'un éclairage spécifique sur les conditions de remboursement correspondantes.

Dans une lignée similaire, le tout dernier ajout est une fonction de rappel entièrement automatique. Parce qu'il est important, pour une prévention et une protection optimales, de réaliser à intervalles réguliers contrôle dentaires, analyses de dépistage, vaccinations, visites de suivi (en cas d'affections chroniques)…, Alan analyse – après accord explicite de l'utilisateur – les données collectées au fil des indemnisations afin d'anticiper les échéances importantes et émet une notification dès qu'une action est requise.

Rappels Alan

À travers ces initiatives, se dessine une vision originale de la protection santé, selon laquelle il n'est plus seulement suffisant de prendre en charge les dépenses médicales (de la manière la plus efficace possible). Pour la performance de la compagnie autant que pour la qualité de vie de ses assurés, il convient désormais de fournir à ces derniers un véritable compagnon de proximité, toujours disponible, afin de répondre à leurs questions dès qu'elles surgissent, et éminemment proactif, dans toutes les circonstances où il paraît nécessaire de leur prodiguer des recommandations pertinentes.

À l'œuvre, on retrouve la même transformation qui affecte tous les domaines d'activité les uns après les autres. D'un côté, les consommateurs demandent des solutions simples, réactives, contextuelles, personnalisées qui les assistent dans leur quotidien et ne se contentent plus de leur apporter un service ponctuel. De l'autre, de nouveaux entrants conçoivent des approches centrées sur le client, en appréhendant l'ensemble de leurs attentes, au-delà des modèles traditionnels, et en exploitant les technologies pour les combler. Le résultat sera, à terme, une réinvention de l'assurance santé.

vendredi 21 février 2020

BBVA crée une app pour changer de voiture

BBVA
Pour la plupart des ménages espagnols, le remplacement de leur voiture représente le deuxième acte financier le plus important (qui se répètera en moyenne 5 ou 6 fois au cours de leur vie), juste derrière l'acquisition d'un logement. En conséquence, il mérite certainement un accompagnement dédié : voici l'application Valora Coches de BBVA.

Le nouveau titre s'inscrit dans ce que la banque présente désormais comme une gamme de solutions destinées à aider les consommateurs dans leurs grands moments de vie, dont la première incarnation, créée il y a trois ans, Valora View, était justement consacrée à l'achat immobilier. Le principe reste inchangé : à l'occasion de ces décisions marquantes, de nombreux facteurs, financiers ou autres, doivent être pris en compte afin de faire les bons choix. Un outil permettant de les consolider est donc bienvenu.

Concrètement, Valora Coches propose de gérer à la fois la vente du véhicule précédent et l'achat de son remplaçant, neuf ou bien d'occasion. Dans ce cadre, sont incluses, naturellement, des capacités d'estimation de la valeur vénale des différents modèles du marché, en fonction de leur millésime et de leur kilométrage, avec une possible projection dans le temps (sur la base de courbes de dépréciation) pour les utilisateurs qui désirent anticiper une future opération ou rechercher la période idéale pour passer à l'action.

Un scénario d'utilisation typique, en préparation d'un changement, se déroulerait alors en trois étapes simples. L'utilisateur commence par saisir le numéro d'identification officiel de la voiture dont il souhaite se séparer, afin d'obtenir instantanément une évaluation de son prix de vente. Ensuite, il sélectionne sa prochaine acquisition, de manière à déterminer son coût. Enfin, pour compléter la planification, BBVA lui fournit, évidemment, une option de calcul du financement, entièrement personnalisée.

BBVA – Valora Coches

En effet, le simulateur intégré (qui ne se prolonge hélas pas jusqu'à la souscription) ne se contente pas de calculer le coût, mois après mois, et d'établir un échéancier du crédit nécessaire, en en détaillant toutes les conditions associées. Il sait également ajuster l'offre recommandée en fonction du type de véhicule, notamment pour les modèles hybrides et électriques bénéficiant de promotions spéciales. Surtout, il procure un aperçu direct de l'impact des remboursements sur le budget de l'emprunteur.

À l'instar d'un concept que j'avais imaginé il y a fort longtemps (c'était à Noël 2013 !) pour les prêts immobiliers, l'objectif de cette fonction – qui met en regard ses mensualités avec ses revenus et ses dépenses habituelles – est de donner à l'utilisateur, avant qu'il ne s'engage, les moyens d'éclairer tous les aspects de son projet, sous une forme parfaitement compréhensible, en le laissant jouer à sa guise sur tous ses paramètres.

Ce que dessine BBVA avec sa série de d'applications Valora est une nouvelle génération d'assistants virtuels capables de conseiller à 360° les consommateurs – clients ou non de la banque – dans les épisodes majeurs de leur existence, en combinant dans une même solution les éléments financiers (dont les simulateurs) et les innombrables autres questions qui se posent dans ces circonstances. Dois-je louer ou acheter mon logement ? Quel prix vais-je tirer de ma voiture ? Suis-je en mesure de me payer ce loft ? Etc.

jeudi 20 février 2020

Le crédit et l'achat immobiliers tout-en-un

Keytrade Bank
Portée par l'ambition d'offrir un service toujours plus complet et plus fluide à ses visiteurs, la plate-forme belge d'annonces immobilières en ligne Immoweb intégrera prochainement – grâce à un partenariat avec Keytrade Bank (filiale d'Arkéa) – la possibilité de souscrire un crédit hypothécaire, sur la voie d'un parcours d'achat (enfin !) unifié.

Nous touchons là à un domaine dans lequel le maintien de pratiques ancestrales est particulièrement aberrant et, par conséquent, mûr pour un changement. Parce qu'il implique des expertises distinctes autrefois impossibles à combiner, il persiste à reposer sur deux processus séparés, presque indépendants l'un de l'autre, partageant pourtant beaucoup d'éléments communs : celui qui compte vraiment pour le client, à savoir l'acquisition d'une résidence, et, en parallèle, la corvée obligatoire de son financement.

Or ce qui était peut-être illusoire jusqu'à récemment est désormais tout à fait possible : la technologie permet de fusionner au sein d'une seule et même expérience utilisateur, simple, homogène, transparente et rapide, les compétences immobilières et financières que souhaitent les acquéreurs. Telle est donc la promesse d'Immoweb, son site devenant en quelque sorte l'interlocuteur unique pour l'ensemble du projet de son client, incluant tous ses aspects (l'assurance faisait déjà partie du dispositif, incidemment).

La recette ne s'avère finalement pas si difficile à mettre en œuvre. Elle consiste à enfouir une offre de crédit 100% « digitale » existante (Keyhome) au cœur d'un parcours naturel du consommateur, en exploitant des échanges de données bidirectionnels, afin d'en éliminer les frictions. Il peut s'agir, par exemple (trivial), d'établir directement une proposition de financement, prête à signer, à partir d'une annonce sélectionnée ou, à l'inverse, de filtrer les propriétés suggérées en fonction du budget disponible.

Accueil Immoweb

Le résultat de la démarche, si Immoweb confirme son intention de la pousser dans ses extrémités, constituerait une nouvelle brillante illustration du concept de banque invisible, que je considère comme l'avenir inéluctable du secteur. Et, en le déclinant dans un métier du crédit hypothécaire réputé complexe (ou plutôt « rendu inutilement complexe », selon les termes du directeur général de Keytrade), ce principe d'immersion du service financier dans les moments de vie gagnerait une validation majeure.

La démonstration est d'autant plus intéressante qu'elle peut être découplée de tout débat sur la valeur du conseil humain, même si, dans le cas d'espèce, l'approche retenue mise entièrement sur des opérations à distance. Rien n'empêche en effet d'inclure dans le parcours des options de rencontres avec un spécialiste en chair et en os, pour peu qu'elles ne ré-introduisent pas de ruptures et, surtout, qu'elles apportent un bénéfice concret. Car, une fois le mouvement d'automatisation engagé, les vagues promesses de réassurance et de pédagogie de l'échange face à face devront être tenues.

Bien sûr, les établissements traditionnels restent extrêmement réticents à la perspective de voir s'éroder de la sorte leur pré-éminence actuelle dans l'esprit de leurs clients, laissant à des marques plus proches de leur cœur (de leurs envies, de leurs projets, de leur quotidien…) le soin de piloter, dans une certaine mesure, leurs choix financiers. Il leur faudra toutefois admettre que, bientôt, leurs produits, dénués d'attractivité en propre, seront inévitablement absorbés dans des expériences utilisateurs optimisées.

jeudi 13 février 2020

Et la santé financière des entreprises ?

Ramp
Tandis que se multiplient les outils analysant nos comptes bancaires personnels à la recherche d'économies potentielles (Minna, Tandem, Axa Banque…), nul ne s'est jusqu'à maintenant préoccupé des gaspillages dans les entreprises. Désormais, Ramp vise à combler cette lacune, grâce à son offre de cartes de crédit professionnelles.

D'emblée, celle-ci se démarque de la concurrence, qu'elle émane des opérateurs historiques (tels qu'American Express) ou des nouveaux entrants (Brex, par exemple). Elle mise, dans ce but, non seulement sur la gratuité totale mais également sur une simplicité et une transparence sans égales. Elle inclut notamment un programme de « cash back » uniforme (de 1,5%) sur tous les achats enregistrés, qui lui permet de promettre une réduction immédiate équivalente des frais généraux de ses clients.

Cependant, sa principale singularité est donc un module destiné à aider les organisations à mieux maîtriser leurs dépenses. À l'instar de ses homologues pour le grand public, il surveille en permanence les transactions enregistrées, détecte les anomalies potentielles et suggère des solutions en vue de réduire les coûts. Il pourra s'agir de factures jugées excessives conduisant à recommander l'adoption d'un pallier de service inférieur, de souscriptions individuelles multiples susceptibles d'être rassemblées dans un abonnement d'entreprise, de produits aux fonctions redondantes qui pourraient être abandonnés…

Ramp

À cet accompagnement dans la durée, Ramp ajoute en outre un ensemble de promotions spécifiques – tarifs réduits et crédits sur des dizaines de solutions de partenaires parmi les plus populaires (AWS, Google Ads…) – qui donnent à sa plate-forme une attractivité dès le premier jour. Là encore, la startup présente ces avantages (pourtant temporaires, pour la plupart d'entre eux) comme un moyen supplémentaire de réaliser des économies, à hauteur de 1,5%, en moyenne, selon ses calculs.

Il existe incontestablement une extraordinaire opportunité dans l'assistance aux entreprises – en particulier les PME ne disposant pas de processus formels – en matière de suivi et d'optimisation de leurs achats. La solution que propose Ramp constituerait, dans ce cadre, un catalyseur de rationalisation des frais généraux en même temps que, dans une certaine mesure, un outil de contrôle automatique.

En revanche, elle souffre de deux défauts qui justifieraient une itération sur le concept. D'une part, en limitant son périmètre aux cartes professionnelles (alors que les progrès de l'open banking autoriseraient une extension à tous les comptes), elle ne peut prétendre à l'exhaustivité qui rendrait sa mission réellement irrésistible. D'autre part, la jeune pousse a un positionnement ambigu (donc suspect) en affirmant son engagement pour la maîtrise des dépenses tout en retenant un modèle économique basé exclusivement sur les commissions d'interchange (c'est-à-dire sur le volume des paiements).

mardi 11 février 2020

Hokodo démocratise l'assurance-crédit

Hokodo
La rengaine est connue : les solutions aux difficultés que rencontrent régulièrement les dirigeants de PME existent (depuis longtemps) mais, faute d'adaptation à leurs contraintes et à leurs besoins, elles leur restent largement inaccessibles. Aujourd'hui, Hokodo veut rompre le statu quo dans le domaine de l'assurance contre les impayés.

Parmi les multiples dangers qui menacent l'existence d'une petite entreprise, les incidents sur le règlement de ses factures sont probablement parmi les plus répandus et les plus létaux (ils figurent aux premiers rangs des causes de défaillance). Ot, tout comme son cousin l'affacturage, l'assurance-crédit représente un excellent moyen de s'en prémunir. Malheureusement, sous sa forme actuelle, elle souffre de deux défauts majeurs, qui conduisent à une faible adoption dans ce segment de marché.

Le premier problème est la sérieuse carence de notoriété de ce genre de produits. Les responsables de PME ont une compétence limitée en la matière et, au moins pour les plus modestes d'entre elles, ces structures n'ont guère les moyens de s'offrir les services d'un vrai directeur financier. L'autre handicap, résolument classique, est l'inadéquation de l'offre. Les fournisseurs d'assurance-crédit préfèrent viser des grands groupes et des entreprises de taille intermédiaire, au potentiel de chiffre d'affaires élevé.

Dans la pratique, ces deux facteurs se combinent et se renforcent, aboutissant à une situation dans laquelle la solution susceptible de sauver la trésorerie des organisations les plus fragiles leur devient interdite, non pour des raisons structurelles légitimes mais simplement parce que les modèles de distribution en vigueur ne sont pas conçus pour elles et qu'aucun acteur n'a, jusqu'à maintenant, considéré qu'elles étaient dignes d'intérêt face à une clientèle traditionnelle quasiment captive et extrêmement lucrative.

Partenariat Cegid-Hokodo

À l'ère « digitale », une telle attitude attire automatiquement l'attention de passionnés, capables d'identifier et de saisir l'opportunité béante ainsi ouverte. Voici Hokodo. Sa mission ? Permettre à toutes les entreprises d'accéder aux outils qui peuvent les aider à prospérer et se développer. Dans ce but, elle transforme les circuits de commercialisation de l'assurance, de manière à non seulement en faire connaître l'existence et les bienfaits mais également à éliminer les frictions des processus de souscription.

Dans cette ligne, l'arrivée en France de la startup intervient à travers la signature d'une collaboration avec Cegid, le leader hexagonal des solutions de gestion pour les entreprises, qui va autoriser une intégration directe de l'assurance-crédit dans ses logiciels de facturation. De la sorte, dès l'émission d'une nouvelle facture, l'utilisateur pourra instantanément demander un devis personnalisé pour couvrir celle-ci, puis, s'il le souhaite, souscrire la garantie proposée, sans quitter sa plate-forme habituelle.

Grâce à ce partenariat étroit entre les deux sociétés, les grands enjeux des PME et TPE ciblées se trouveront doublement pris en compte. D'une part, elles vont enfin disposer d'un outil en mesure de répondre à un des risques les plus importants auxquelles elles sont confrontées. D'autre part, elles ont la faculté de le mettre en œuvre à leur convenance, en quelques gestes, sans perdre en démarches administratives un temps précieux qu'il vaut tellement mieux consacrer à des tâches plus productives…

L'émergence, ces derniers temps, d'une multitude de solutions financières en tout genre destinées aux petites entreprises fait de plus en plus ressortir la plate-forme comptable comme une plaque tournante essentielle de la relation avec leurs fournisseurs. Cependant, cette multiplication laisse aussi entrevoir, à terme, un besoin de conseil spécialisé, afin de ne pas laisser les utilisateurs s'interroger sur les bénéfices comparés de telle ou telle option et de savoir orienter leur décision au mieux selon leur situation.

lundi 10 février 2020

Quand l'assistant virtuel prend l'initiative

Capital One
Habituellement, les assistants virtuels des banques sont passifs, toujours prêts à répondre, par tchat ou par la parole, aux questions de leurs utilisateurs mais silencieux le reste du temps. Depuis peu, Eno, celui de Capital One, a commencé à se libérer de cette contrainte et il est désormais capable d'engager lui-même des conversations.

L'idée a émergé progressivement, avec la détection d'anomalies potentielles parmi les comptes et les transactions. Ainsi, quand les algorithmes repèrent, par exemple, deux achats identiques, un pourboire de 154% sur une note de restaurant, une augmentation sensible de la facture d'énergie…, Eno prend l'initiative et interpelle le client, via SMS, notification mobile, mail…, afin de vérifier s'il s'agit effectivement d'une erreur et, le cas échéant, d'engager une procédure pour y remédier, d'un seul geste.

Au fil du temps, les modèles d'apprentissage automatique mis en place ont permis d'ajouter des stratégies plus élaborées. La surveillance des offres à l'essai, notamment, consiste à décrypter les souscriptions à tout type de services intégrant une période de gratuité et à émettre une alerte à l'approche de leur échéance, avec la possibilité de résilier directement l'abonnement concerné, si nécessaire. Finies les facturations récurrentes inutiles qui s'accumulent, Eno attire l'attention au moment opportun.

Autre ajout, plus récent, l'aide aux déductions fiscales : en pleine période de déclaration de revenus, l'agent virtuel explore toutes les dépenses de l'année dans les comptes des clients et compile une liste de celles qui correspondent à des dons à des associations caritatives éligibles à une réduction d'impôt. 10 millions de personnes ont reçu un récapitulatif cette année, qui s'avère pratique non seulement pour les distraits qui oublient leurs gestes de générosité mais aussi pour faciliter la préparation des documents.

Capital One ENO

Les conditions d'activation des échanges par Eno rappelleront évidemment des dispositifs tels que celui qu'a déployé récemment Axa Banque (avec Personetics) dans son application mobile. Cependant, le principe de l'interaction spontanée proposé par Capital One introduit une dimension de proximité supplémentaire, qui pourra d'autant mieux s'exprimer que les messages seront envoyés en contexte (pensons, entre autres, au cas du pourboire excessif : il vaut mieux le régler immédiatement et sur place).

Voilà donc (enfin !) un moyen de construire une nouvelle relation entre la banque et son client, qui serait basée non plus exclusivement sur la vente de produits, mais principalement sur un modèle de conseil au quotidien, prenant en compte l'ensemble de sa vie financière et de ses préoccupations concrètes vis-à-vis de l'argent. C'est un rôle que ne remplissent pas (ou plus ?) aujourd'hui les établissements historiques. Il devient pourtant absolument essentiel pour le consommateur du XXIème siècle, qui considère son smartphone comme un compagnon fidèle conçu pour lui rendre service.

samedi 8 février 2020

CommBank invente ses futurs métiers

CommBank
Avec x15Ventures, l'australienne CommBank met sur pied une structure d'innovation d'un nouveau genre, dont l'objectif est de concevoir les services dont auront besoin les consommateurs et les entreprises dans le monde « digital ». Ses premières réalisations pointent vers une possible réinvention du rôle de la banque pour demain…

L'ambition de l'établissement est d'élaborer, en partenariat avec Microsoft et KPMG, une gamme de solutions susceptibles de démultiplier la valeur de son cœur de métier, en capitalisant sur ses ressources (financières, en particulier), son expertise technologique et ses standards élevés de sécurité. En filigrane, X15 aurait donc vocation à imaginer et concrétiser les opportunités de développer des services dans des secteurs adjacents à la banque… qui seront ses relais de croissance à court ou moyen terme.

En pratique, la mission confiée à l'entité (autonome) consiste à incuber, accélérer et déployer sur le marché de véritables startups, avec un produit viable, des clients et un modèle d'affaires. Le plan est de lancer au moins 25 de ces aventures en 5 ans. Deux d'entre elles étaient présentées concomitamment à l'annonce officielle de l'initiative et il faut admettre que, en dépit de leur relative immaturité, il ne s'agit pas de gadgets destinés à épater la galerie : elles marquent une réelle volonté de transformation, en profondeur.

Ainsi, Home-in, actuellement en test privé et qui devrait être publiée sous peu, repense le parcours d'achat immobilier. Sans s'immiscer directement, pour l'instant, dans le processus de recherche de propriété, son application propose un accompagnement personnalisé dans toutes les démarches à accomplir depuis l'organisation des visites (et les contrôles à effectuer) jusqu'à l'emménagement (et la mise en place des contrats d'eau, d'énergie…) en passant par la revue du contrat, le financement, les assurances…

L'approche retenue ne se résume pas à un bête logiciel dans lequel l'utilisateur va juste valider les tâches à effectuer une à une. Elle intègre également un dispositif de conciergerie, qui prend la forme d'un assistant (humain) dédié, toujours prêt à répondre aux questions et inquiétudes de l'acheteur à tout moment et dans l'ensemble de son parcours (et non uniquement sur les problématiques liés à l'emprunt comme avec un banquier ou sur celles relatives aux propriétés comme avec un agent immobilier).

Vonto

L'autre émanation de X15, accessible, gratuitement, dès maintenant à toutes les petites entreprises australiennes et néo-zélandaises, clientes ou non de CommBank, est Vonto, une vision renouvelée de l'appui aux professionnels. Partant du constat de la multiplicité des applications que ces derniers utilisent pour maîtriser tous les aspects de leur activité, ses concepteurs ont imaginé une sorte de tableau de bord unifié agrégeant toute l'information nécessaire au pilotage… et offrant des conseils contextuels.

Initialement capable de se connecter à Xero (comptabilité), Google Analytics (mesure du trafic web), Facebook (réseau social), Shopify (plate-forme de e-commerce) et Vend (terminal de point de vente), l'outil restitue une synthèse facile à appréhender de la santé de l'entreprise, dans toutes ses dimensions (commerciale, financière, de notoriété…) en quasi temps réel. Et dès que les algorithmes identifient une action à exécuter à partir des données analysées, une recommandation proactive est émise.

Derrière ces deux exemples, se dégage une orientation générale : CommBank s'interroge sur l'avenir de sa relation avec ses clients et, plutôt que de suivre la voie habituelle et souvent stérile de la création d'une enseigne 100% « digitale », elle choisit d'explorer une piste plus prometteuse. Par anticipation de l'avènement prochain de la banque invisible, elle remonte donc dans la chaîne de valeur des services à proposer à ses clients, où elle peut espérer ancrer sa présence, notamment grâce à la confiance qu'elle inspire.