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vendredi 29 mai 2020

LendingClub accompagne les finances à 360°

LendingClub
Bien que ses récentes évolutions l'éloignent toujours plus des idéaux d'origine du « crowdlending » et la rapprochent du crédit à l'ancienne, l'américaine LendingClub conserve son esprit pionnier. Témoin en est son tout nouveau « Member Center », qui embrasse une perspective à 360° sur les finances personnelles des consommateurs.

Alors qu'elle était en préparation depuis plusieurs mois, certaines de ses composantes étant testées par quelques privilégiés, la plate-forme a vu son déploiement accéléré en raison de l'actualité et de son utilité particulière en cette période synonyme de problèmes d'argent pour une grande partie de la population. Mise à disposition de tous les utilisateurs enregistrés dès aujourd'hui, elle a en effet vocation à apporter une aide pratique non seulement sur l'endettement mais aussi sur la gestion des dépenses, l'épargne…

Les fonctions incluses sont, pour nombre d'entre elles, le fruit d'une collaboration avec des startups spécialisées. C'est le cas, par exemple, d'un outil de maîtrise du budget, développé par Trim, qui vise à identifier et exploiter les opportunités d'économie sur les transactions habituelles de l'individu, ou encore de la solution de Steady, qui accompagne la recherche de missions pour les travailleurs indépendants et donne de la sorte un coup de pouce à leurs revenus. D'autres sont plus attendues de la part d'un établissement de crédit, telles que ses options d'ajustement des plans de remboursements de prêts.

LendingClub Member Center

Naturellement, sur tout le volet de l'endettement, LendingClub prend elle-même le sujet en main. Au sein du « Member Center », un espace dédié rassemble donc tous les outils nécessaires pour permettre à chacun d'appréhender sa situation – avec un horizon qui ne se limite pas au score de crédit, comme il est d'usage, mais comprend également une analyse de quelques autres indicateurs importants –, d'approfondir ses connaissances en la matière et d'optimiser ses opérations, en vue, entre autres, de préserver l'avenir.

Ces différentes initiatives laissent entrevoir que, quand LendingClub porte l'ambition de devenir une banque à part entière, il n'est pas question d'inscrire celle-ci dans un moule traditionnel. En droite ligne de la stratégie de ses débuts, elle cherche à toujours placer son client au centre de ses préoccupations, ce qui se traduit par des efforts d'information et de transparence, ainsi que par une démarche de conseil contextuel. Ce faisant, elle intègre en outre que la gestion des finances personnelles représente un tout, au-delà des frontières arbitraires entre lignes de produit créées par les acteurs historiques.

lundi 25 mai 2020

Des données bancaires à leurs usages

MX
Née à la même époque que la plupart de ses consœurs de l'agrégation de comptes bancaires, l'américaine MX a depuis pris une direction spécifique : outre l'accès aux données brutes, elle propose également des applications concrètes exploitant celles-ci, dont la dernière en date est un module de segmentation intelligent des clients.

Parce que les consommateurs attendent toujours plus de personnalisation dans leurs échanges avec leurs fournisseurs, les institutions financières ont besoin de mieux connaître leurs clients et de sélectionner avec le plus grand soin ceux auxquels elles suggèrent un nouveau produit ou émettent une recommandation pratique. Afin d'enrichir sa solution de ciblage existante, MX vient d'introduire une fonction « Audiences », destinée à générer facilement des résultats plus précis, plus pertinents et plus utiles.

À la croisée de l'expertise de la jeune pousse et du trésor de données dormant dans les banques, ce sont naturellement les informations sur les comptes et les transactions de leurs clients, mais également leurs comportements dans l'usage de l'outil de PFM mis à leur disposition, le cas échéant, qui constituent les sources de connaissance principales de la solution et permettent de définir des catégories selon une multitude d'axes différents et non uniquement les quelques critères socio-démographiques habituels.

Les utilisateurs de la plate-forme peuvent ainsi sélectionner les paramètres qui les intéressent, que leur objectif soit, par exemple, de lancer une campagne marketing à destination d'une population particulière (les porteurs d'une carte de crédit de la concurrence), aussi étroite soit-elle, ou de formuler un conseil opérationnel à un groupe placé dans une situation unique (les détenteurs d'un prêt à long terme en période de baisse de taux), en évaluant sa portée potentielle au fil de l'élaboration du modèle.

MX Announces Audience Builder to Improve Marketing Conversion

L'initiative de MX prend tout de même une dimension incongrue quand on réalise à quel point elle révèle, par sa simple existence, l'incapacité des institutions financières à s'emparer elles-mêmes des opportunités que recèlent les données qu'elles hébergent. Les services d'agrégation de comptes agissaient déjà comme des « libérateurs » de l'information jusque-là enfouie dans des systèmes inaccessibles, voilà que la prochaine génération serait maintenant prête à la valoriser… et à en tirer profit !

Pendant que beaucoup d'établissements explorent désespérément les possibilités de monétiser les API ouvertes qui promettent de suivre la première vague de la DSP2, c'est un acteur tiers qui vient donc leur rappeler que les cas d'utilisation des données bancaires dans des applications internes n'ont encore été qu'à peine effleurés, alors qu'ils recèlent un potentiel économique presque immédiat. Il serait peut-être temps de s'inspirer de ce que font les startups du secteur au lieu de tourner en rond indéfiniment…

mercredi 20 mai 2020

L'impact du PFM sur la santé financière

Meniga
Depuis plus d'une décennie, une nouvelle génération d'outils de pilotage des finances personnelles a émergé, promettant aux consommateurs de les aider à mieux maîtriser leur situation. Une équipe de chercheurs, s'appuyant sur l'expérience de Meniga, a voulu vérifier si l'amélioration attendue était effectivement au rendez-vous.

Remise en lumière ces jours-ci par la jeune pousse, l'étude remonte en fait à plusieurs années (2017), mais ce « retard » ne devrait pas avoir de conséquences sur ses résultats. De même, dans une certaine mesure, le fait qu'elle porte sur un échantillon de population islandais – qui présente entre autres avantages une culture où les espèces ont quasiment disparu et une adoption relativement importante des logiciels de PFM… – n'empêche pas une généralisation, éventuellement modulée, au reste du monde.

Si le choix s'est porté sur ce pays et sur les données de Meniga, c'est aussi parce que des circonstances spécifiques rendaient possibles une analyse dénuée, autant que faire se peut, de tout biais d'interprétation ou inversion de causalité. L'exercice s'est en effet focalisé sur la période à laquelle, en 2014, est sortie une application mobile (le logiciel n'existait auparavant qu'en version web), qui a engendré une augmentation significative des accès au service, permettant une évaluation objective de son impact.

Concrètement, la mesure repose sur une comparaison, pour chaque utilisateur de la solution, entre la fréquence de consultation de sa situation financière et un ensemble d'indicateurs comprenant les frais de découvert, les pénalités pour retards de paiement et les intérêts sur les prêts à court terme. Les conclusions sont sans appel : plus la personne surveille l'état de ses comptes, moins elle encourt de surcoûts financiers et plus, peut-on légitimement supposer, elle adopte un comportement sain et prudent.

La différence est même précisément quantifiée : une (au moins) connexion mensuelle supplémentaire à la plate-forme de Meniga se traduit en moyenne par l'économie de l'équivalent de plus de 35 dollars de frais en tout genre et d'environ 5% de la dette immédiate (à taux élevé). Et chaque consultation additionnelle représente une économie globale de l'ordre de 4 dollars par mois. Ces valeurs peuvent sembler marginales mais elles sont pourtant conséquentes à l'échelle du budget des ménages les plus fragiles.

Quand on approfondit les statistiques fournies, il ressort des écarts instructifs selon les catégories démographiques. Par exemple, les femmes sont moins enclines que les hommes à renforcer le suivi de leurs comptes mais, lorsqu'elles le font, l'impact sur leurs habitudes est plus percutant. Par ailleurs, les jeunes générations sont logiquement plus souvent adeptes des outils mis à leur disposition mais quand les « baby boomers » s'y mettent, ils n'en tirent que très peu de bénéfices pour leur santé financière.

Enfin, la recherche apporte un éclairage sur ce qui, en pratique, change dans ses comportements quand le consommateur est exposé à l'information sur l'évolution de sa situation plus efficacement et plus régulièrement. La réduction des frais est en effet directement corrélée à une transition du recours au découvert, induisant un coût immédiat, vers l'utilisation de la carte de crédit, qui permet un report du paiement généralement sans pénalités (pour peu que l'encours soit réglé le mois suivant).

Sur ce cas précis, on peut toutefois se demander si le PFM présente un avantage par rapport aux applications bancaires classiques. En réalité, l'enjeu sous-jacent des outils proposés, quels qu'ils soient et quels que soient leurs éditeurs, est principalement de maintenir l'intérêt de l'individu, de manière à garantir qu'il surveille activement ses positions et puisse réagir en temps et en heure. En conclusion, la véritable valeur de ces solutions réside donc avant tout dans leur capacité à devenir addictives…

Meniga – How am I spending ?

dimanche 10 mai 2020

Pour un bilan financier personnel ?

Calculette
Voilà une idée intéressante : Joris Lochy, responsable produit de la jeune pousse belge Monizze, suggère d'appliquer aux particuliers une pratique comptable habituelle des entreprises, à savoir la réalisation régulière d'un bilan financier, afin de leur fournir une vision objective de leur situation. Je pense toutefois qu'elle ne peut suffire.

La réflexion émane d'un constat évident : quand les consommateurs se préoccupent de gestion de budget, ou quand des outils, qu'ils soient fournis par leur banque ou par des acteurs tiers, visent à les accompagner dans cette corvée, l'approche retenue est généralement simplifiée à l'excès, se contentant de comparer les dépenses avec les revenus et les engagements avec les avoirs. Le résultat est une perspective faussée des positions, qui rend d'autant plus difficile la création de stratégies de conseil pertinentes.

Par contraste, les entreprises ont depuis longtemps adopté des standards beaucoup plus complets et précis pour suivre au mieux l'évolution de leurs comptes. Le bilan, notamment, est un outil important de leur panoplie (au point d'être souvent obligatoire) qui mériterait d'être décliné dans une version grand public, en identifiant séparément, par exemple, les disponibilités et les avoirs non liquides (y compris extra-financiers), d'un côté, et les passifs à court et long terme (crédits en cours, impôts dus…), de l'autre.

L'avantage de l'exercice est double. Il présente simultanément une vue plus transparente de l'état courant des finances personnelles, en prenant en compte tous les éléments présents et futurs susceptibles de l'impacter, ainsi qu'un début de projection sur l'avenir, facilitant une certaine anticipation. Grâce aux technologies disponibles aujourd'hui, il deviendrait désormais très simple d'établir automatiquement ce document plutôt complexe à préparer, sans requérir un diplôme de comptable.

Malheureusement, une autre faiblesse vient sévèrement limiter le potentiel du concept. En effet, tout comme son élaboration, l'interprétation d'un bilan financier est loin d'être à la portée de l'individu moyen, ce qui le rend absolument inutile sous sa forme brute. Le seul moyen de lui donner de la valeur est donc de lui adjoindre les outils pratiques – portés par logiciel ou, pourquoi pas, par un conseiller humain – qui vont savoir exploiter intelligemment son contenu et en tirer un plan d'actions optimal personnalisé.

En dépit des progrès accomplis au cours des 15 dernières années, la gestion de finances personnelles est toujours à un stade embryonnaire. Deux axes de développement prioritaires devraient la faire progresser et la rendre plus utile. Le premier concerne l'amont, à savoir la collecte et l'analyse approfondie des données, permettant de mieux comprendre la situation et les attentes de l'utilisateur. Dans ce registre, mettre à profit l'expérience acquise dans l'univers de l'entreprise est une piste attractive.

Le deuxième, en aval, correspondrait, en conservant l'analogie professionnelle, au rôle du directeur financier, capable de prendre les bonnes décisions en s'appuyant sur les informations fiables à sa disposition. À défaut de posséder les compétences nécessaires, le consommateur n'est guère avancé s'il est laissé seul face à son bilan, aussi riche soit-il. C'est la raison pour laquelle les outils de PFM traditionnels ont peu d'effet concret durable sur les comportements et un surcroît de précision n'y changera rien. Une composante de conseil expert est indispensable pour passer du suivi passif au pilotage actif.

Bilan financier

samedi 18 avril 2020

Numbrs propose un crédit contextuel

Numbrs
Depuis ses origines, en 2013, Numbrs se présente comme une plate-forme de gestion de finances personnelles vouée à prendre la place des banques dans leur relation avec les consommateurs. Aujourd'hui, avec l'introduction de la fonction « + Money », la vision commence véritablement à prendre forme et sa valeur devient apparente.

Dans sa déclinaison courante, l'application (mobile) de la startup propose à ses utilisateurs, d'une part, de connecter leurs comptes bancaires existants, afin de bénéficier d'un pilotage avancé digne du meilleur du PFM, et, d'autre part, d'accéder à un vaste catalogue de produits – fournis par des établissements partenaires – susceptibles de répondre à tous leurs besoins. Cependant, jusqu'à maintenant, il manquait encore une composante essentielle afin de tenir la promesse initiale : le conseil contextualisé.

Voici donc la solution « + Money », conçue pour répondre précisément à cette lacune (temporaire), d'abord dans le domaine du prêt personnel. Son principe est parfaitement limpide : l'analyse intelligente de la situation globale du client, établie à partir des flux observés sur l'ensemble de ses comptes, permet d'anticiper un risque de passage dans le rouge à court terme. Dès lors, les algorithmes suggèrent le recours à un crédit, accessible instantanément à travers un parcours de souscription simplifié à l'extrême.

Numbrs + Money

En pratique, un bouton « + Money » apparaîtra automatiquement à proximité de la projection du solde comptable dès que cette dernière prédit une position négative. Après lancement de la procédure, deux courtes étapes supplémentaires suffisent à déposer une demande de prêt : choisir le montant souhaité, entre 1 000 et 7 500 euros, puis passer en revue les conditions offertes et valider l'opération. Dans l'idéal, la banque qui prend en charge le dossier (l'allemande SWK), si elle estime ne pas requérir plus d'informations, confirme son accord et transfère les fonds sous 2 jours ouvrés.

Grâce à l'initiative de Numbrs, le concept de banque plate-forme révèle (enfin !) sa puissance réelle, à la croisée de la gestion des finances personnelles et de la place de marché, et montre la voie vers l'avenir du secteur. Car ce n'est qu'en captant et en prenant en compte une connaissance à 360° du client, de son contexte et de son comportement qu'il est possible d'émettre des recommandations pertinentes. Et ce n'est qu'en disposant d'une large palette de produits et services, totalement intégrée, qu'il est envisageable de personnaliser ces recommandations et de les convertir en actes.

dimanche 5 avril 2020

Tully aide à naviguer parmi les aides de crise

Tully
Cinquième épisode de ma série sur la « créativité en temps de crise », je vous présente aujourd'hui l'initiative de Tully, une jeune pousse britannique qui réoriente (presque) entièrement son modèle afin de soulager les consommateurs mis en difficulté financière par la pandémie actuelle, en les assistant activement dans leurs démarches.

À l'origine, la mission de Tully consiste à analyser la situation de l'utilisateur, en particulier en matière d'endettement, à partir de l'exploration de ses comptes bancaires, puis à formuler des encouragements et des recommandations pour l'aider à maintenir le cap si tout se présente bien et, surtout, à prendre en charge les négociations avec ses créanciers dans le cas où il se trouve (ou risque de se trouver) dans une impasse.

Naturellement, cette activité reste essentielle dans les circonstances que nous connaissons et il n'est pas question de l'interrompre. En revanche, la startup, forte des relations qu'elle a établies avec une multitude de fournisseurs pour le compte de ses clients, a imaginé de la compléter avec un dispositif spécifiquement adapté à la crise sanitaire, toujours en ligne avec son objectif d'amélioration du bien-être financier.

Tout part d'un constat universel : la plupart des grandes entreprises, ainsi que les administrations, annoncent diverses mesures en faveur des personnes et des foyers les plus touchés par les événements (moratoire sur les remboursements de crédit, possibilité de report des paiements de facture, fonds de secours…) mais il s'avère parfois difficile de les identifier, de comprendre les conditions applicables et de soumettre une demande.

Tully – Coronavirus and your finances

La solution proposée par Tully consiste donc à se substituer au consommateur, gratuitement pour ce dernier, dans le dépôt, la gestion et le suivi de ses dossiers. Il lui suffit de répondre à quelques questions – en plus de la connexion préalable à ses comptes – pour obtenir en quelques minutes des informations personnalisées sur les ressources disponibles, actualisées en permanence, et, le cas échéant, engager les procédures requises auprès de ses banques, opérateurs de télécommunication et fournisseurs d'énergie afin de solliciter les aides auxquelles il peut prétendre.

Dans le contexte particulier que nous vivons ces temps-ci, il est rassurant de constater qu'une majorité d'acteurs économiques mettent en œuvre des mécanismes dédiés pour leurs clients fragilisés. Malheureusement, l'improvisation (forcée) dans laquelle tout ceci s'organise tend à en rendre l'accès complexe, pénible et inefficace, entre, notamment, absence de digitalisation des mécanismes d'urgence déployés dans la précipitation et temps d'attente excessifs dans les centres d'appel déjà surchargés.

De nombreuses tentatives de recensement ont bien été lancées dans le but de guider les recherches et les démarches mais elles ne résolvent les problèmes qu'en surface. Alors, l'approche à base de données ouvertes de Tully représente un complément indispensable pour optimiser la distribution des aides à ceux qui en ont besoin, sans pertes de temps et d'énergie inutiles, autant du côté des consommateurs que des entreprises, en automatisant au maximum l'attribution des solutions de soutien à leurs bénéficiaires.

jeudi 2 avril 2020

Le poisson d'avril 2020 de Microsoft

Microsoft
Une décennie après son abandon, Microsoft Money – le logiciel de gestion de finances personnelles qui dominait le marché (avec Quicken d'Intuit) depuis le début des années 90 – fait un retour inattendu sur le devant de la scène sous la forme d'un greffon pour Excel… qui nous ramène 20 ans en arrière. Hélas, ce n'est pas un poisson d'avril.

La « nouveauté » est annoncée par Plaid (acquise récemment par Visa), dont la plate-forme d'agrégation de données bancaires a été retenue afin d'établir une connexion directe aux comptes des utilisateurs. Elle nous procure un aperçu des fonctions incluses. À quoi faut-il donc s'attendre ? En résumé, une liste de transactions, quelques statistiques de suivi (par exemple l'évolution mensuelle des achats par catégories) et une poignée de modèles analytiques simples (dépenses récurrentes, actifs nets…).

Autrement dit, nous avons affaire à une réincarnation d'un logiciel du siècle dernier, dans lequel le chargement plus ou moins automatique des fichiers émis par les banques a été remplacé par une intégration avec un système plus moderne. Comme si rien n'avait changé dans le monde du PFM au cours des deux décennies écoulées, autant en termes de solutions disponibles que de support (une application mobile, peut-être ?) ou, plus important, de perception de ce dont ont réellement besoin les consommateurs.

En 2020, il devrait pourtant être évident qu'un outil qui se contente de catégoriser les opérations et de présenter graphiquement leur répartition n'a plus guère de valeur. Les rares personnes qui se satisfont de ce niveau d'information ont une multitude d'options à leur disposition (y compris, de plus en plus, dans les plates-formes des banques elles-mêmes), dont beaucoup sont probablement plus pratiques. Et les résistants qui continuent à utiliser Excel pour gérer leur budget sont une minorité qui, selon toute vraisemblance, hait le changement et est peu encline à ouvrir à un tiers l'accès à ses comptes.

Microsoft Money in Excel

L'initiative est tellement ridicule que la charité commanderait de la passer sous silence. Hélas elle constitue aussi le reflet de la décrépitude avancée de Microsoft, dont l'arrêt pressenti de Cortana, sa tentative de résister à l'assaut des assistants vocaux, offre un autre exemple. Depuis des années, l'entreprise, que certains prétendent associer aux innovateurs de notre époque dans le sigle GAFAM, ne fait que survivre (certes de manière florissante) des revenus de ses produits historiques, Windows et Office, sans jamais parvenir à créer quoi que ce soit d'excitant, et ce, depuis longtemps.

Pourtant, nombreux sont les grands groupes, notamment dans le secteur financier, qui lui maintiennent une confiance indéfectible, jusqu'à en faire, souvent, un des phares de leur transformation « digitale ». Alors osons exprimer l'indicible : et si la toute première étape de cette mutation indispensable consistait justement à se débarrasser de ces acteurs (Microsoft n'est évidemment pas le seul en cause) qui, en dépit de leur positionnement technologique, n'en sont pas moins des dinosaures aussi dépassés que leurs clients et qui portent une responsabilité considérable dans leur immobilisme ?

jeudi 13 février 2020

Et la santé financière des entreprises ?

Ramp
Tandis que se multiplient les outils analysant nos comptes bancaires personnels à la recherche d'économies potentielles (Minna, Tandem, Axa Banque…), nul ne s'est jusqu'à maintenant préoccupé des gaspillages dans les entreprises. Désormais, Ramp vise à combler cette lacune, grâce à son offre de cartes de crédit professionnelles.

D'emblée, celle-ci se démarque de la concurrence, qu'elle émane des opérateurs historiques (tels qu'American Express) ou des nouveaux entrants (Brex, par exemple). Elle mise, dans ce but, non seulement sur la gratuité totale mais également sur une simplicité et une transparence sans égales. Elle inclut notamment un programme de « cash back » uniforme (de 1,5%) sur tous les achats enregistrés, qui lui permet de promettre une réduction immédiate équivalente des frais généraux de ses clients.

Cependant, sa principale singularité est donc un module destiné à aider les organisations à mieux maîtriser leurs dépenses. À l'instar de ses homologues pour le grand public, il surveille en permanence les transactions enregistrées, détecte les anomalies potentielles et suggère des solutions en vue de réduire les coûts. Il pourra s'agir de factures jugées excessives conduisant à recommander l'adoption d'un pallier de service inférieur, de souscriptions individuelles multiples susceptibles d'être rassemblées dans un abonnement d'entreprise, de produits aux fonctions redondantes qui pourraient être abandonnés…

Ramp

À cet accompagnement dans la durée, Ramp ajoute en outre un ensemble de promotions spécifiques – tarifs réduits et crédits sur des dizaines de solutions de partenaires parmi les plus populaires (AWS, Google Ads…) – qui donnent à sa plate-forme une attractivité dès le premier jour. Là encore, la startup présente ces avantages (pourtant temporaires, pour la plupart d'entre eux) comme un moyen supplémentaire de réaliser des économies, à hauteur de 1,5%, en moyenne, selon ses calculs.

Il existe incontestablement une extraordinaire opportunité dans l'assistance aux entreprises – en particulier les PME ne disposant pas de processus formels – en matière de suivi et d'optimisation de leurs achats. La solution que propose Ramp constituerait, dans ce cadre, un catalyseur de rationalisation des frais généraux en même temps que, dans une certaine mesure, un outil de contrôle automatique.

En revanche, elle souffre de deux défauts qui justifieraient une itération sur le concept. D'une part, en limitant son périmètre aux cartes professionnelles (alors que les progrès de l'open banking autoriseraient une extension à tous les comptes), elle ne peut prétendre à l'exhaustivité qui rendrait sa mission réellement irrésistible. D'autre part, la jeune pousse a un positionnement ambigu (donc suspect) en affirmant son engagement pour la maîtrise des dépenses tout en retenant un modèle économique basé exclusivement sur les commissions d'interchange (c'est-à-dire sur le volume des paiements).

dimanche 2 février 2020

Comment réduire le stress financier ?

Inspirée par sa propre expérience, la star des médias Arianna Huffington a fondé Thrive Global, plate-forme destinée aux entreprises désireuses de participer à sa mission d'élimination du stress et du burnout. Une de ses premières initiatives concrètes, menée en collaboration avec Discover, s'attaque plus spécifiquement au bien-être financier.

Le sujet prend de l'ampleur depuis quelques années et les études scientifiques se multiplient qui en confirment les prémices : l'inquiétude et les angoisses liées à l'argent ont un impact considérable sur notre vie quotidienne, notre santé, nos capacités intellectuelles, notre engagement au travail… Et, contrairement aux idées reçues, ces effets sont ressentis aussi bien parmi les populations les plus aisées que chez celles et ceux qui sont en réelle difficulté. Telle est la raison d'être de Thriving Money.

Combinant les compétences de Thrive Global avec les outils de Discover, celle-ci propose un ensemble varié de contenus permettant d'appréhender et comprendre les enjeux, ainsi que d'agir concrètement en vue d'améliorer les comportements des consommateurs avec la gestion de leur argent. Côté information, on y retrouvera donc des articles et des vidéos présentant, par exemple, des recherches récentes sur la relation étroite entre santés financière, physique et mentale ou bien des histoires vécues inspirantes.

Un versant proactif est également prévu dans le dispositif. Il se matérialise par, entre autres, une série de « micro-conseils », actions élémentaires faciles à mettre en œuvre qui concourent toutes à l'objectif de bien-être (« planifier un rendez-vous régulier avec un ami pour parler de vos préoccupations », « mettre 10 dollars de côté chaque semaine pour un projet qui vous tient à cœur »…). Un petit questionnaire permet même de déterminer ses principales faiblesses et d'obtenir une recommandation prioritaire.

Thrive Global

Cet axe a évidemment vocation à se développer, de manière à offrir aux consommateurs des moyens opérationnels de se libérer de leurs tracas financiers, en prenant en compte au mieux leur situation individuelle et leur état d'esprit. Ce volet s'appuie sur une structure de recherche dédiée, « Thrive Sciences », au sein de laquelle les deux partenaires approfondiront, avec des équipes de différentes disciplines (dont la psychologie), la connaissance des mécanismes impliqués dans la notion de bien-être.

Si la cible ultime de la démarche est de contribuer au bien-être de chaque citoyen, rappelons que Thrive Global s'adresse – surtout du point de vue de son modèle économique – aux entreprises. En effet, ces dernières sont fortement affectées par l'absentéisme, le manque d'engagement, la faible productivité… de leurs collaborateurs trop soucieux de leurs petits et grands problèmes d'argent. Alors, celles, de plus en plus nombreuses, qui investissent dans des mesures en faveur de la santé (physique) de leurs salariés devraient logiquement se pencher aussi sur ces aspects.

En conclusion, je ne peux guère terminer ce billet sans évoquer les travaux similaires que nous menons actuellement avec Kaira Technologies, au Canada et en France. Nous portons une même ambition d'éradiquer le stress financier de notre existence et nous élaborons une même proposition de valeur à l'intention des organisations qui souhaitent aider leurs employés à surmonter leurs difficultés et apaiser leurs inquiétudes. Pour plus d'informations, consultez vite notre lettre de mission ou contactez-nous.

samedi 25 janvier 2020

Digit paie les factures automatiquement

Digit
À son assistant automatique d'épargne de précaution, Digit avait déjà ajouté, sous le nom « Goalmoji », la possibilité de sélectionner des objectifs prioritaires, tels que les factures à régler à la fin du mois. Désormais, elle propose aussi d'en prendre en charge le paiement, de manière à toujours alléger le stress financier de ses utilisateurs.

Comme la startup nous y a habitué au fil des évolutions de son produit, la première incarnation de cette nouvelle idée est appliquée à un périmètre restreint – en l'occurrence les factures de téléphonie, auprès de 6 opérateurs parmi les plus importants aux États-Unis – et repose sur un processus encore largement manuel. En l'occurrence, c'est l'utilisateur lui-même qui est invité à saisir les détails de l'opération à anticiper : fournisseur, montant à payer, date d'échéance et références du compte client.

En dépit de ses limitations, l'option soulagera grandement les nombreuses personnes angoissées à la perspective de se retrouver sans l'argent nécessaire lorsque arrive la date fatidique. Une fois qu'elles auront déclenché la gestion automatique, elles n'auront plus à se préoccuper de rien : Digit prélèvera des sommes minimes à intervalles réguliers pour couvrir la dépense, de manière indolore, presque invisible, et émettra le virement requis au moment opportun, sans bruit (sauf en cas de solde insuffisant sur le compte).

Finies les questions lancinantes à chaque achat (impulsif, en particulier) : me reste-t-il assez pour couvrir mes obligations à venir avant le versement de mon prochain salaire ? Plus besoin de consulter l'application de sa banque pour vérifier de temps à autre le « reste à dépenser » (quand elle l'intègre) et s'assurer que la tendance est satisfaisante. Laissez faire le robot de Digit et concentrez-vous sur les moments agréables de votre vie au lieu de perdre du temps (et de la sérénité) sur des corvées administratives !

Digit – Paiement de facture téléphonique

Naturellement, au-delà de cette expérimentation (?), il faut espérer que le principe sera enrichi et généralisé. En premier lieu, il semblerait beaucoup plus efficace que le logiciel détermine seul les factures à prendre en compte, même s'il demande une confirmation finale. En effet, il ne devrait pas être très complexe, a priori, d'identifier parmi les transactions passées celles qui correspondent à des abonnements de télécommunication et d'en déduire l'opérateur, la date d'exigibilité et un montant prévisionnel.

L'étape suivante consisterait logiquement à déployer le même système pour tous les paiements récurrents, qu'il s'agisse d'utilitaires (énergie, eau…), de loyers, de pensions, de souscriptions en tout genre… L'automatisation du règlement ne sera pas systématiquement utile, notamment dans le cas de prélèvement direct, mais la faculté de rassembler les fonds sans y prêter attention sera toujours un énorme plus. Quelle plaie que de devoir s'inquiéter de l'arrivée des mêmes factures mois après mois !

jeudi 16 janvier 2020

Oser le conseil par comparaison entre pairs

Raiffeisen
Bien que très ancienne, l'idée de permettre aux individus de comparer leurs comportements, anonymement, avec ceux de leurs pairs n'est jamais parvenue à s'imposer dans le secteur financier. Elle ressurgit aujourd'hui chez Raiffeisen Bank International et vaut à cette dernière d'être distinguée d'un prix de l'innovation du mois par l'EFMA.

Avec la numérisation galopante du monde et la disponibilité de données captées dans tous les instants de notre vie quotidienne, est née une génération de services nous donnant l'occasion d'étalonner nos usages par rapport à ceux de nos voisins ou de personnes qui nous ressemblent. Mis en œuvre intelligemment, le concept peut même faire évoluer les habitudes de ceux qui découvrent ainsi leurs défauts, comme l'ont démontré, entre autres, des études sur la consommation d'énergie des ménages.

Décliné dans la gestion de budget, le principe consiste alors à fournir en référence au consommateur un aperçu de la répartition moyenne des dépenses, de l'épargne, du crédit, de l'investissement… d'une population similaire, afin de lui suggérer (implicitement) des ajustements dans son approche de l'argent. Le raisonnement sous-jacent est que le besoin inné de l'homme de se conformer à une norme sociale induit une envie de changer plus sûrement que n'importe quelle recommandation d'expert.

Le dispositif de Raiffeisen, baptisé « Nicole », reprend donc le flambeau sur le sujet. En établissant des catégories de clients aux profils personnels et financiers similaires, il établit des « modèles » de comportements – d'achat et d'investissement – destinés à inspirer ceux qui s'en écartent et, idéalement, améliorer leur situation. Il offre également la capacité d'anticiper les grands changements dans l'existence (fondation de famille, acquisition de logement…) grâce à l'expérience de ceux qui les ont déjà vécus.

EFMA – Innovation du Mois

La mise en place d'un système de comparaison entre pairs peut paraître simple mais elle comporte malgré tout quelques pièges. En premier lieu, son efficacité dépend directement de la proximité ressentie par chaque utilisateur avec les autres membres du groupe auquel il est intégré. S'il ne parvient pas à s'identifier à leurs préoccupations, il sera peu enclin à suivre leur exemple. Or il est complexe de présenter les critères de rapprochement retenus, au-delà des plus triviaux (comme la notion de voisin).

Par ailleurs, je m'interroge sur la passivité de la démarche telle qu'elle est décrite. Au lieu de se contenter de donner au client une vue instantanée de sa situation par rapport à d'autres et de le laisser ensuite déterminer, seul, les actions à entreprendre pour l'optimiser, ne serait-il pas plus judicieux et plus percutant de dériver des écarts constatés un accompagnement opérationnel, de proximité (bien qu'automatisé, le cas échéant), à travers la mise en place d'une véritable stratégie de conseil financier ?

Incidemment, la mesure des résultats de son initiative que partage Raiffeisen donne à penser qu'elle commet justement une erreur sur ce plan : sont vantés l'augmentation des taux de transformation et une tendance prometteuse sur les coûts d'acquisition qui montrent, comme toujours, une focalisation sur les ventes, alors que la gestion de finances personnelles est le thème par excellence sur lequel l'accent doit être mis d'abord sur la satisfaction de l'utilisateur (dont l'impact économique, réel, est plus indirect).