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mercredi 13 mai 2020

Comprendre l'argent en sauvant une île…

NatWest
Les écoles fermées pour cause de pandémie, beaucoup de parents se trouvent désarmés face au défi de prendre, au moins partiellement, le relais des professeurs auprès de leur progéniture. Non contente de leur offrir un cours spécialisé hebdomadaire, NatWest leur a également concocté un jeu vidéo consacré à l'apprentissage de l'argent.

Ce n'est certes pas la première fois qu'une banque s'attaque à l'idée d'aborder l'éducation financière sous un angle ludique, portée par la conviction que les enfants comprennent et retiennent mieux les notions qui leur sont enseignées quand elles sont enrobées dans une activité amusante. Cependant, l'établissement britannique pousse cette fois le raisonnement très loin, avec un titre digne des standards les plus élevés, disponible pour les principales plate-formes du marché (Playstation, Xbox, Switch, Steam).

Avec Island Saver, il n'est donc pas question de se contenter d'introduire quelques personnages sympathiques, tableaux de scores et autres gadgets dans un programme avant tout pédagogique, mais bien d'un jeu à part entière, dans lequel les thématiques sérieuses sont intégrées intelligemment au cœur du synopsis. Dans une certaine mesure, le principe consiste à rendre l'apprentissage totalement invisible, immergé dans l'histoire passionnante que l'utilisateur construit au fur et à mesure de son parcours.

Island Saver

En l'occurrence, le concept prend la forme d'une île virtuelle, découpée en différents paysages (jungle, arctique, désert, plage, volcans…), à découvrir en perspective subjective, sans aucune violence (cible de 7 à 14 ans oblige). Pour l'essentiel, l'argument développé propose au jeune explorateur de débarrasser les lieux qu'il visite de la pollution qui l'encombre et des parasites qui la font proliférer, tout en essayant de sauver la vie animale – ou plutôt, « bankimale », selon la terminologie adoptée – qui les habite.

Au cours de ses aventures, le joueur est récompensé en monnaie sonnante et trébuchante (toujours virtuelle, bien sûr) pour les missions de nettoyage qu'il accomplit. Progressivement, il appréhendera aussi le sujet de l'épargne, en déposant ses gains auprès des « bankimaux », il découvrira l'utilité de payer des impôts, afin d'entretenir l'île paradisiaque qu'il arpente, il pourra recourir à l'emprunt pour réaliser un projet d'ampleur et il aura même l'occasion de se frotter aux problèmes du change de devises…

Fort opportunément pendant la période actuelle de confinement, qui laisse du temps aux enfants pour des activités variées, NatWest expérimente une approche relativement originale de la formation aux bases de la gestion de finances personnelles, axée sur une incitation subtile à acquérir de bonnes habitudes dans un contexte ludique, en espérant que les comportements ainsi inculqués deviennent ensuite un réflexe dans la vie courante. Incidemment, le modèle pourrait certainement être décliné pour les adultes.

samedi 9 mai 2020

Un programme éducatif pour les enfants confinés

RBS
Le dix-septième épisode de ma série sur la « créativité en temps de crise » s'arrêtera aujourd'hui sur une belle initiative du groupe britannique RBS, qui propose aux enfants de profiter de cette période d'enseignement à domicile généralisée pour apprendre quelques notions élémentaires sur l'argent et les finances personnelles.

Alors que, au Royaume-Uni, les écoles resteront en principe fermées jusqu'au début du mois de juin et même si les cours à distance sont désormais entrés dans les habitudes, les parents peinent à occuper intelligemment leur progéniture à longueur de journée. Pour RBS et ses trois marques (NatWest, RBS et Ulster Bank, qui déclinent chacune le concept), voilà donc une occasion idéale de répondre à une demande ancienne et fréquente d'introduire l'éducation financière dans les cursus existants.

MoneySense Mondays s'inscrit ainsi dans un format conforme aux standards d'une classe en ligne, sur Facebook, tout en abordant une matière qui ajoutera un peu de variété aux emplois du temps. Chaque session hebdomadaire, découpée en deux parties d'une demie-heure chacune, l'une s'adressant aux petits de 5 à 8 ans et l'autre aux 8-12 ans, est animée conjointement par un collaborateur de la banque et un enseignant.

Le programme, diffusé en « live » tous les lundis matin jusqu'à la réouverture des écoles, se veut largement interactif, à travers l'outil de tchat du réseau social : après une présentation du sujet du jour (les pièces et les billets, l'épargne, les moyens de paiement…), vient une séquence d'activités pratiques, généralement ludiques, qui se conclut ensuite par un moment réservé aux questions des participants.

MoneySense Mondays NatWest

La première émission a attiré plus de 30 000 visiteurs (en cumulant les scores des trois établissements), ce que, malgré une baisse sensible pour la deuxième, nous pouvons qualifier de succès, au vu des conditions difficiles dans lesquelles les MoneySense Mondays sont mis en place. Rien d'étonnant à cela car l'éducation financière des enfants constitue un vrai problème dans le monde contemporain, entre des parents qui ne savent guère comment l'appréhender et l'absence d'alternative sérieuse.

Le positionnement de RBS sur cette thématique n'est pas dû au hasard, puisque le nouveau dispositif s'appuie sur un autre – MoneySense – plus ancien (il est né il y a un quart de siècle), qui offre un vaste catalogue de ressources pédagogiques à tous les jeunes de 5 à 18 ans, et à tous ceux qui veulent les aider à comprendre les arcanes de l'argent. Sa déclinaison en véritables cours en ligne constitue une extension aussi logique qu'utile, qui mériterait probablement d'être maintenue après la crise actuelle.

En revanche, je regrette que les circonstances spécifiques du confinement n'ait pas inspiré une réflexion approfondie sur le contenu du programme. Je pense notamment à ses impacts sur les comportements de consommation – moins de tentations en boutique, plus d'achats sur le web… –, qui procurent des opportunités de focaliser l'attention sur des aspects concrets – tels que l'épargne –, en accompagnant la théorie d'une mise en pratique immédiate qui semble manquer dans le format proposé.

RBS MoneySense

lundi 4 mai 2020

Cash Coach, l'épargne en jouant

Cash Coach
Alors que la crise incite une partie des consommateurs à prendre soin de leur épargne, une jeune pousse britannique, Cash Coach, lance opportunément son application destinée à faciliter l'adoption des meilleures pratiques en la matière grâce à des mécanismes de jeu. L'occasion de s'interroger sur la pertinence d'une telle approche.

Contrairement à la plupart des tentatives de ludification de la finance personnelle qu'il m'a été donné d'analyser au fil des ans, Cash Coach ne se contente pas d'ajouter quelques gadgets au sein d'une expérience par ailleurs relativement traditionnelle, mais retient une logique de jeu dès la prise en main initiale, puis sur l'ensemble des parcours proposés. Ainsi, la création d'un profil commence par la sélection d'un avatar et d'un niveau de difficulté… avant l'invitation à connecter ses comptes bancaires.

Le concept n'en est pas moins extrêmement sérieux, puisque le cœur de la solution repose sur une classique analyse intelligente des transactions, qui permet de déterminer la situation financière de l'utilisateur, d'identifier les actions prioritaires à planifier pour l'optimiser (et accroître son patrimoine) et de suivre au jour le jour les progrès accomplis. En revanche, c'est dans la manière de présenter ses conseils et, surtout, d'encourager le passage à l'acte que l'outil prend une tournure divertissante.

Accueil Cash Coach

À une échelle macroscopique, d'abord, Cash Coach se démarque de la vision abstraite habituelle de l'épargne – y compris, pour beaucoup de personnes, quand elle est « matérialisée » par un projet, souvent trop lointain pour être vraiment concret – en lui rattachant un objectif pratique, directement visible. En effet, la mission confiée au joueur vise à faire franchir les 5 niveaux de maturité de son avatar, et chaque geste accompli lui procure une occasion de mesurer son avancement, presque en temps réel.

D'autre part, les recommandations formulées se veulent ancrées dans le quotidien de l'utilisateur : pas question de lui demander de mettre un certain montant de côté (ni de le faire à sa place). Il sera plutôt poussé à réduire ses dépenses de restaurant ou de loisirs, par exemple, jusqu'à un niveau prédéterminé. C'est, évidemment, dans le choix de ces cibles quantifiées que les algorithmes de la startup démontreront leur puissance, par leur capacité à équilibrer catégories ayant un impact maximal et acceptabilité de l'injonction, et ce pour chaque individu, avec ses propres contraintes et limites.

Malgré ces prémisses prometteuses, je ne peux m'empêcher d'émettre en doute, après tellement d'expériences peu concluantes, sur la validité même du principe de ludification dans les finances personnelles. Le rythme, lent par nature, de la gestion de budget n'est-il pas finalement incompatible avec l'excitation que doit engendrer un jeu réussi ? La gravité du sujet de l'argent, pour beaucoup de monde, peut-elle s'accommoder, dans la durée, d'une approche légère et futile ? N'y a-t-il pas là une impossibilité profonde ?

Cash Coach apportera peut-être un nouvel éclairage sur ces questions essentielles…

samedi 22 février 2020

Nationwide encourage l'épargne avec une loterie

Nationwide
Dans le but d'accroître leurs réserves et renforcer la fidélité de leurs clients, toutes les institutions financières du monde cherchent désormais à convaincre ces derniers de prendre l'habitude d'épargner régulièrement. La britannique Nationwide recourt à une méthode originale pour atteindre les consommateurs les plus réticents.

Naturellement, la démarche endosse également une posture de contribution à l'adoption de bonnes pratiques vis-à-vis de l'argent qui, sincère ou non, bénéficiera toujours aux populations ciblées. En l'occurrence, le nouveau compte « Start to Save » est conçu spécifiquement pour les personnes qui, soit en raison de la fragilité de leur situation, soit par leur frivolité, ne parviennent pas à mettre de côté une somme même minime et risquent de se trouver en grande difficulté au moindre incident de parcours.

Rappelant ainsi que plus de 11 millions de citoyens, au Royaume-Uni, ne disposeraient pas, aujourd'hui, de seulement 100 livres sterling d'économies, Nationwide propose un dispositif exclusivement réservé à une épargne des petits pas, puisque, tout en encourageant les versements récurrents, en particulier dès la réception du salaire, ceux-ci sont plafonnés à 100 livres par mois. Son objectif, clairement pédagogique, est donc avant tout d'inculquer aux clients une routine salutaire pour leur santé financière.

Dans cette unique perspective, parce qu'il ne suffit pas de fournir l'instrument et que les mécanismes d'incitation classiques – transfert automatique, arrondi des dépenses, prédiction des disponibilités… – montrent rapidement leurs limites, Nationwide expérimente une approche inédite : une fois par trimestre, les clients ayant effectivement alimenté leur compte à hauteur de 50 livres, au moins, au cours de chacun des 3 mois précédents, participeront à un tirage au sort pour remporter une prime de 100 livres.

Start to Save – Nationwide

À l'aspect ludique de cette loterie, s'ajoute en outre une intéressante dimension communautaire puisque le montant total des récompenses distribuées correspondra à 1% du montant de dépôts supplémentaires enregistrés durant la période considérée (ce qui permet au passage de comprendre le modèle économique du concept). Il est tout de même dommage que la banque n'exploite pas plus cette caractéristique pour stimuler une émulation collective, à l'image de l'opération Like-Zins de Fidor à ses débuts.

Pour anecdotique qu'elle paraisse, l'initiative de Nationwide se révèle extrêmement pertinente, pour peu qu'elle soit assortie d'un minimum d'accompagnement (par exemple sous la forme de rappels de l'enjeu en l'absence de versement à l'approche d'une échéance). Car, contrairement aux outils qui visent à faire oublier l'épargne en l'automatisant, il s'agit ici de transformer durablement un comportement conscient, à travers un entraînement adapté (le trimestre représentant un cycle optimal dans ce but).